27.01.2010
(Suite de l'article précédent) Les intérêts économiques français en Afrique
Parlons plutôt de ceux qui trouvent un intérêt à entreprendre en Afrique, et donc à participer à son développement.
La France se positionne davantage aujourd'hui dans cette optique que les autres grandes puissances. Les français sont très présents dans les anciennes colonies, et continuent à y entreprendre, ciblant souvent les marchés locaux.
A la différence des Chinois et des Américains, donc, les Français s'impliquent à l'échelle microéconomique dans le développement du continent africain. Et c'est par ce truchement que l'Afrique y gagne, voyant son chômage diminuer et son marché se fournir d'une offre diverse et souvent de qualité (c'est l'image qu'ont les produits et services offerts par des firmes françaises).
Dans les créneaux alternatifs qui consistent à pourvoir le marché des mêmes produits à coût plus abordable, certains Chinois se positionnent, certes, mais cela reste encore marginal. J'aime cependant rappeler l'anecdote des chinoises vendant des médicaments à des autochtones dans les rues des quartiers populaires.
En réalité, les Chinois ne jouissant pas encore d'une image très favorable auprès des populations locales, leur envahissement du marché risque de prendre plus de temps que prévu, et pourrait même ne jamais avoir lieu. Dans la conquête du marché africain, la Chine doit affronter des entrepreneurs locaux et étrangers rodés depuis longtemps aux joûtes africaines, tels que les Français, donc, mais aussi les Libanais.
J'ai regretté qu'ils ne soient pas davantage cités par l'ex-ambassadeur, car si les Français contribuent à 1/3 du PIB ivoirien, je suis persuadé que les Libanais naturalisés n'y sont pas étrangers, et en outre que les Libanais non Français contribuent de manière non négligeable au développement local.
Et pour les Libanais, on ne peut pas vraiment dire que l'intelligence économique joue un rôle majeur puisque c'est loin de leur Etat que les entrepreneurs du Pays du Cèdre investissent en Afrique.
Autant le dire, le Liban n'a pas la puissance politique nécessaire pour faire de l'Afrique une terre dont il brigue les ressources naturelles pour son compte... Les Libanais qui sont venus depuis des années sur le continent et qui continuent d'affluer visent la fortune sur les marchés locaux. Il est donc dans leur pur intérêt que ces derniers se développent, et ils y contribuent au mieux en employant un nombre considérable de nationaux et en leur permettant l'accès à certains produits à des prix concurrentiels.
En effet, qu'on se le dise, l'arme employée par les entrepreneurs d'origine phénicienne est souvent adossée aux prix...
C'est donc eux, les Libanais, qui subissent de plein fouet la menace chinoise, car ils jouent dans la même cour... Ceux qui importaient de Chine revoient la gestion de leur supply chain et s'orientent davantage vers l'Inde, Dubai, ou encore la Roumanie, alors que les autres regardent comment réduire leurs coûts en améliorant leurs process industriels.
Quant à ceux qui n'ont pas les fonds nécessaires, ils cherchent d'autres destinations, encore vierges de leur activité, où la concurrence ne fait pas encore rage, et ils se lancent à l'aventure. Ils bénéficieront du statut de pionnier et auront la longueur d'avance nécessaire pour voir venir si ça marche...
Le risque est certes grand, mais le jeu en vaut souvent la chandelle. Pour preuve, la réussite de nombreux d'entre eux parmi la génération massivement immigrante au début des années 70.
Pas d'innovation au rendez-vous pour être pionnier ? La stratégie, pour autant qu'elle soit résumée, est simple :
Période de conflit, d'incertitudes, de tensions dans un pays implique fuite des investisseurs qui implique baisse des prix. Là, on y va, on achète, et on considère la sortie de crise comme une opportunité qui multipliera à foison la valeur du bien acquis. Car quand ça repartira, les prix vont monter, et non seulement notre patrimoine grandira, mais en plus nous serons déjà présents là où d'autres devront encore arriver, s'installer, s'intégrer...
Par sa prise de risque, son sens du commerce, le libanais est un entrepreneur redoutable, à ne surtout pas négliger.
Peut-être même qu'en en faisant un allié, la France peut se protéger contre d'autres puissances plus menaçantes pour ses intérêts économiques sur le continent africain.
Ainsi, la France, en encourageant ses entrepreneurs à conserver leur ligne de conduite sur le segment qualitatif, en appuyant sur son image de "grand frère" qui sert les intérêts de la population locale à travers des actions utiles, et en limitant son ingérence à l'aide Européenne et à l'accompagnement face aux éléments nécessaires pour la garantir, pourrait conserver sa place sur le continent d'avenir qu'est l'Afrique.
Ali Saad
15:03 Publié dans Commerce international | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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